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  • Lauren Groff : Les Terres Indomptées. Paradis sur terre

    IMG_4252.jpegDurant sa jeunesse elle séjourne en France pour apprendre la langue puis étudie, dans le cadre de son cursus universitaire, la littérature médiévale ainsi que le vieux français dont certains aspects rejaillissent forcément dans plusieurs ouvrages composant son oeuvre. Mais outre son activité de romancière, Lauren Groff officie comme libraire pour The Lynx Books, une librairie indépendante qu’elle a ouvert en 2024 à Gainsville en Floride, devenant un véritable sanctuaire militant afin de mettre en avant les livres bannis des bibliothèques publiques et scolaires par des comités aussi conservateurs qu’intégristes proliférant comme un véritable fléau dans les différents états du pays en nous rappelant cette période sombre de l’Inquisition qui ne semble plus si lointaine que ça sous cette ère trumpienne. En faisant état de ces deux aspects de sa carrière, il s’agit de relever les éléments majeurs apparaissant dans les différents textes de cette autrice engagée, que ce soit cette langue d’une richesse et d’une saveur incroyable ainsi que ce sentiment de révolte qui s’inscrit dans le parcours de femmes atypiques, en quête d’idéal et d’absolu pour 

    lauren groff,les terres indomptées,éditions de l’olivier,roman aventure,littérature américaine,chronique littéraire,librairie the lynx,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,conte mystique,parution 2025,12pour2026,avis de lecture,lecture 2026lesquels elles ne transigeront pas. C’est ainsi que dans le triptyque qu’elle a entamé avec Matrix (Olivier 2023), mettant en scène, de manière romancée, la  lauren groff,les terres indomptées,éditions de l’olivier,roman aventure,littérature américaine,chronique littéraire,librairie the lynx,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,conte mystique,parution 2025,12pour2026,avis de lecture,lecture 2026trajectoire énigmatique de Marie de France, première poétesse médiévale, Lauren Groff aborde, par le prisme du passé, le sujet terriblement actuel de ce refus de l’asservissement des femmes que l’on retrouvera dans Les Terres Indomptées, un second opus où il est également question du rapport à Dieu et au carcan de la religion se diluant dans le foisonnement redoutable d’une nature farouche, véritable havre de paix à la fois sublime et mortel.

     

    811EF75A-F58A-4882-A431-AC8EE7D7870E.jpegAu XVIIe siècle, dans cette région reculée de la Virginie, par une nuit de pleine lune, c’est quelque chose de bien pire que l’épidémie de petite vérole décimant les habitants du fort, que la jeune fille cherche à fuir en se  faufilant à travers une fente de la palissade. Mais quelle crime a pu commettre Lamentations Meretrix, celle que l’on appelle La Fille, La Souillon ou Zed, du nom du petit singe défunt de sa maîtresse ? Dans sa fuite, afin de de se soustraire à la servitude qui est la sienne, elle va défier la rigueur hivernale qui fige la densité de cette immense forêt obscure dans laquelle elle s’enfonce à mesure de ce qui apparaît comme une errance mystique où les souvenirs remontent à la surface. Et il lui faut survivre dans cet environnement  sauvage, territoire du peuple Piscataway observant ses déambulations tandis qu’elle affronte les tempêtes de glace et autres intempéries qui jalonnent un parcours périlleux se conjuguant au sentiment de liberté jaillissant de la fureur de cette terre indomptée.

     

    lauren groff,les terres indomptées,éditions de l’olivier,roman aventure,littérature américaine,chronique littéraire,librairie the lynx,blog littéraire,blog mon roman noir et bien serré,conte mystique,parution 2025,12pour2026,avis de lecture,lecture 2026Il faut avant tout saluer l'admirable travail de Carine Chichereau, traductrice attitrée de Lauren Groff, qui parvient à restituer la folle petite musique de cette écriture où la modernité se conjugue au rythme poétique de l'époque où se déroule le récit et qui définit le style de Shakespeare, en lui conférant ainsi une aura incantatoire, oscillant entre mysticisme exacerbé et folie fiévreuse qui accompagne la trajectoire de cette jeune servante qui va s'émanciper de cet enfermement sociétal à mesure qu'elle progresse dans cet environnement sauvage, Les Terres Indomptées, donnant son titre à ce roman d'une majestueuse fureur. Mais Les Terres Indomptées c'est également cette étincelle de liberté qui anime la personnalité de cette domestique dont on va découvrir, au gré des réminiscences qui surviennent tout au long de son périple, les terribles raisons qui l'ont poussée à fuir ce fort, comme s'il s'agissait d'une renaissance ou d'un retour dans ce qui apparaît comme un paradis jadis perdu devenu à la fois hostile et indocile. Ce sont donc des souvenirs terrifiants qui rythment une intrigue chargée d'une lourde tension à mesure qu'apparait la tragédie qui frappe ses proches que ce soit le souffleur de verre qui l'accompagne durant l'épique traversée traversée de l'Atlantique ou Bess, cette fillette à l'esprit fragile dont elle à la charge et qu'elle prend en affection. Voyage intérieur flamboyant qui s’articule autour des fantômes qui cheminent avec cette jeune fille dont la quête demeure incertaine, ce conte féministe se construit dans la matrice de cette forêt luxuriante et inquiétante que Lauren Groff dépeint de manière magistrale au gré d'un texte flamboyant où les dangers omniprésents d’une nature impavide dictent le rythme des saisons qui s’enchainent dans ce qui apparaît comme une véritable ode mystique. Ainsi, outre la fusion organique qui s’opère avec cette nature omniprésente, il émerge de l’esprit tourmenté de la jeune femme dépouillée de toute identité, une certaine perception de l’existence d'un Dieu s’incarnant dans son indifférence à l’égard des hommes, bien éloigné de l’image asservissante qu’un pasteur dévoyé tentait de lui inculquer. Sans qu’il ne s’agisse d’un pamphlet, bien au contraire, on saisira ainsi l’allégorie propre au climat pesant qui règne sur le pays à l’instar de cette chasse au « wokisme » ainsi que la résurgence des courant religieux radicaux remettant en question la condition des femmes aux Etat-Unis dans ce qui émerge d’une politique globale de discrimination issue de l’administration actuelle qui prend de plus en plus d’essors. Et c’est dans Les Terres Indomptées, dans l'immersion de ce roman à la fureur lyrique, reprenant les codes du genre nature writing, que l’on prend la pleine mesure de cette soif de liberté inaltérable qui va s’immiscer, comme un torrent impétueux, dans la personnalité de cette héroïne du passé, cette femme de peu, qui devient le reflet des luttes féministes qui émaillent l’actualité de notre monde. Un texte qui se distingue dans sa puissance de feu exceptionnelle. 

     

     

    Lauren Groff : Les Terres Indomptées (The Vaster Wilds). Editions de L'Olivier 2025. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau.

    A lire en écoutant : The Same Deep Water As You de The Cure. Album : Disintegration (1989). 2010 Fiction Records Ltd.

     

     

  • Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Récits d'objets.

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    Service de presse.

     

    Lorsqu'il débarque aux Quais du Polar en 2013, il remporte le prix des lecteurs avec son premier roman policier; Le Dernier Lapon {Métailié 2012), qui fait sensation en raflant pas moins d'une vingtaine de prix récompensant le premier opus de la série de la Police des Rennes qui dépeint cette environnement du Grand Nord dont il est désormais familier puisqu'il officie également comme correspondant auprès de nombreux médias pour les pays nordiques et baltes pour lesquels il a également consacré plusieurs documentaires en tant que réalisateur. Olivier Truc est également l'auteur de plusieurs récits dont L’Affaire Nobel, Une Autre Histoire De La Suède (Grasset 2019) retraçant le scandale qui a entaché l'institution, ainsi que, sous une forme plus romancée, l'affaire des sous-marins de Karachi dont il dessine les contours avec Les Sentiers Obscurs De Karachi {Métailié 2022) tandis qu'il dénonce les affres de la colonisation et de l'évangélisation de la Scandinavie qui transparaissent dans Le Cartographe Des Indes Boréales {Métailié 2019), récit d'aventure dense autour du parcours d'Izko qui devient le témoin des bouleversements ravageant la région au XVIIe siècle. Régulièrement présent aux Quais Du Polar, Olivier Truc a également participé au partenariat littéraire du festival, "Deux auteurs, deux pays, un seule enquête", en publiant L'Inconnue Du Port (Point 2023), brève intrigue énergique se déroulant entre Barcelone et Lyon qu'il a coécrit avec la romancière espagnole Rosa Montero. Mais c'est d'une toute autre démarche dont il s'agit avec La Baleine Et Le Berger puisqu'Olivier Truc s'inscrit dans le cadre de la collection Récits d'Objets du fabuleux musée des Confluences de Lyon consistant, pour chaque écrivain invité, à s'approprier d'un des objets du muséum pour en décliner une intrigue où l'imaginaire est au service de la science. Et ce n'est pas moins du gigantesque squelette du rorqual commun boréal, traversant les différents niveaux du bâtiment à l'architecture audacieuse, dont il s'est emparé pour en relater la découverte sur les côtes corses en 1877. 

     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn Corse, Uliveriu, jeune berger de 15 ans, prend garde de ne jamais franchir le col de San Bastiano et arpente le maquis avec le troupeau de chèvres que son oncle irascible lui confie chaque jour. Mais un jour, lorsqu’il s’aperçoit que deux bêtes sont manquantes, il franchit la crête montagneuse masquant la mer et découvre la silhouette massive d’une baleine échouée sur une plage déserte où nul ne s’aventure. Et tandis qu’une nuée d’oiseaux survolent la carcasse du mammifère marin, le garçon distingue le corps sans vie d’un jeune marin partiellement dissimulé sous le flanc de l’animal. Quel événement tragique à lié à tout jamais l'homme et le cétacé ? A plus d'un titre, Iliveriu est tiraillé par la singularité de cette découverte qu'il doit dissimuler à son oncle qui prendrait mal son incartade au détriment du troupeau dont il a la charge. Mais en se confiant à un ancien du village, il perçoit la somme d'argent importante qu'il pourrait obtenir en recueillant les fanons de la baleine, matière très convoitée en cette fin du XIXe siècle. Peut-être obtiendra-t-il des réponses auprès du maître d'école qui vient dispenser ses leçons une fois par semaine et qui dispose de certains ouvrages animaliers mais également des journaux dont il fait la lecture pour l’ensemble des habitants de la localité.  
     

    olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarEn introduction de ce bref roman, vous trouverez quelques caractéristiques de ce squelette de baleine ornant désormais le hall du musée des Confluences de Lyon ainsi que certains aspects sur les péripéties de son acquisition, de la restauration de certaines vertèbres endommagées, de l'absence des fanons, de son exposition au musée Guimet de Lyon jusqu'à sa fermeture, de son sommeil dans une caisse durant plus d'une décennie avant de retrouver la lumière. Et c'est à partir de ces éléments qu'Olivier Truc a façonné cette intrigue prenant l'allure d'une aventure et d'un fait divers s'articulant autour de la personnalité d'Ulivieru Romanetti, un jeune berger corse s'écartant du maquis pour découvrir cette baleine échouée sur une plage déserte ainsi que le corps sans vie d'un marin tout aussi jeune que lui. C'est peu dire que l'on se retrouve totalement immergé dans cette ambiance de nature sauvage où le cri des oiseaux se mêle au murmure des vagues se désagrégeant cette côte désolée tandis que résonne au loin le bêlement des chèvres d'un berger intimidé par cette trouvaille dont il ne sait que faire. A partir de là, l'intrigue prend également l'allure d'une émancipation sociale qui se traduit par le biais de la connaissance, incarnée par ce maître d'école parcourant la région afin de dispenser ses leçons aux enfants des villages olivier truc,la baleine et le berger,musée des confluences,editions cambourakis,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,parution 2026,avis de lecture,lecture 2026,quais du polarenvironnants. De cette soif de connaissance imprégnant ce jeune homme du XIXe siècle, on ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec le musée des Confluences abritant plus de deux millions d'objets avec pour ambition de narrer l'histoire de l'humanité par le prisme des sciences naturelles et des sciences humaines se conjuguant pour alimenter notre imaginaire et notre propre soif de connaissance. S'inscrivant ainsi dans un registre très réaliste, on en est à se demander qu'elles sont la parts de récit et de fiction régissant cette intrigue sobre qui n'est pas dénuée d'une certaine émotion que l'on relèvera au fil des révélations mettant à jour les circonstances de cet événement peu commun qu'Olivier Truc décline avec une belle sensibilité animant l'ensemble de l'entourage de ce berger également en quête de justice qui, outre cette baleine échouée, découvre tout un monde qui s'offre à lui. C'est ainsi que La Baleine Et Le Berger vous inciteront à vous rendre au musée pour contempler ce  sublime squelette de baleine admirablement bien conservé, terrain fertile d'un imaginaire que le romancier est parvenu à exploiter avec une habilité saisissante. Et pour celles et ceux qui se rendront aux Quais du Polar, vous pourrez aller à la rencontre d'Olivier Truc qui évoquera le sujet en compagnie d'Olivier Adam, bioacousticien, spécialiste des baleines, tous deux réunis en partenariat avec le musée des Confluences et un festival de littérature noire ouvert sur les richesses que recèlent la ville de Lyon.

     


    Olivier Truc : La Baleine Et Le Berger. Editions Cambourakis & Musée des Confluences 2026.

    A lire en écoutant : Trio en la mineur : Modéré de Maurice Ravel. Album : Trio Ravel. Debussy : Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle - Ravel : Trio en la mineur pour piano, violon et violoncelle. 1986 Arion.

  • OLIVIER CIECHELSKI : LE LIVRE DES PRODIGES. L'ESPRIT DU FLEUVE.

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    I'm transforming, I'm vibrating, I'm glowing, I'm flying, look at me now !

    Nick Cave, Jubilee Street

     

    Romancier sur le tard, il a évolué dans le milieu de la réalisation de courts-métrages et de documentaires ainsi que dans celui du scénario en tant que consultant pour développer des projets en difficulté tout en enseignant dans le domaine auprès de l'école supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) de Paris avec cet art consommé de raconter des histoires qui le taraude. En prenant en considération ce parcours professionnel, il n'est pas étonnant qu'Olivier Ciechelski se lance finalement dans l'écriture d'un roman, travail plus solitaire s'il en est, et qu'il suscite l'intérêt de Nathalie Démoulin, directrice des collections de littérature des éditions Rouergue en quête de textes déroutants. C'est ainsi qu'apparaît Feu Dans La Plaine (Rouergue/Noir 2023) se distinguant avec des ressorts narratifs singuliers entraînant le lecteur vers une toute autre dimension que celle à laquelle il peut s'attendre en accompagnant cet ancien soldat de l'armée française, en quête de solitude, mais devant se confronter à un voisinage de montagnards hostiles, nous rappelant un certain John Rambo, pour basculer dans un registre d'errance et d'introspection au travers d'une nature hostile et sublimée. Avec Le Livre Des Prodiges, son nouveau roman, Olivier Ciechelski change de décor pour prendre possession de l'espace périurbain de Gennevilliers abritant le premier port fluvial de France autour duquel évolue Nora, une jeune  policière en uniforme  devant composer avec des collègues raillant ses convictions chrétiennes dictant toute une partie de sa vie et qui se retrouve à enquêter sur un réseau de prostitution clandestin en provenance d’Afrique, sur fond d’épisodes aux connotation surnaturelles interrogeant sa foi. 

     

    olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lecturePremière de sa promotion au concours d'officier de police judiciaire, Nora demeure toujours affectée, après une année de service, à la fonction de patrouilleuse au sein d'un commissariat où bon nombre de policiers voient d'un mauvais oeil son attitude qu'ils jugent à la fois hostile et défiante, ce d'autant plus qu'elle affiche également sa ferveur chrétienne qu'elle met au service des réprouvés qu'elle côtoie dans le cadre de son travail. A l'occasion d'un ronde avec deux collègues, dont Djabri, vieux briscard qui a toujours vécu dans ce secteur de la presqu'île de Gennevilliers, ainsi que William, jeune flic en tenue qui vient de débarquer de sa province, Nora va se rendre dans la zone portuaire où s’est échoué un container à semi-immergée dans lequel l'équipage découvre les corps sans vie de jeunes femmes et d'un enfant qui ont fait le voyage depuis les côtes africaines dans des conditions atroces. S'agit-il d'un accident ou d'un crime, c'est ce que l'enquête devra déterminer au grand désarroi de la jeune policière que le commissaire Janowski écarte de l'affaire en dépit de ses compétences. Mais convaincue que cet événement tragique n'a rien de fortuit, Nora défie sa hiérarchie et entame des investigations en marge de la procédure officielle avec une volonté impérieuse qui la dépasse complètement.

     

    olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureUne fois encore, Olivier Ciechelski nous entraîne sur un tout autre registre que celui auquel on peut s'attendre avec Le Livre Des Prodiges qui va s'écarter du thème classique de l'enquête parallèle sur des réseaux de prostitution abondamment traité dans le domaine de la littérature noire. Comme le titre le laisse présager, il sera également question d'événements surnaturels qui vont interférer dans le cours des investigations de Nora, policière au profil atypique, dont le romancier joue avec certains aspects de sa personnalité sur laquelle il laisse planer un certain doute comme il l'avait fait d'ailleurs dans son précédent ouvrage avec certaines caractéristiques de Stanislas Kosinski, individu autour duquel on s'est laissé surprendre comme cela sera le cas avec Nora. Que l'on ne s'y trompe pas, le thème du prodige, comme il est abordé, se décline sur un registre extrêmement sobre sans qu'il ne soit question de théories fumeuses ou d'explications vaines, nous interrogeant davantage sur la question de la foi au gré de conversations entre Nora et le prêtre de l'église de sa congrégation, ainsi que sur les légendes urbaines qui résonnent dans cet environnement habilement mis en perspective et qui s'agrége parfaitement à l'atmosphère de cette intrigue aux connotations singulières qui vont nous dérouter avec cette collision entre nos croyances occidentales et celles plus lointaines du continent africain. olivier ciechelski,le livre des prodiges,éditions du rouergue,roman policier,roman fantastique,littérature noire,blog mon roman noir et bien serré,blog littéraire,chronique littéraire,lecture 2026,parution 2025,avis de lectureAinsi, la ville de Gennevilliers prend véritablement corps dans Le Livre Des Prodiges avec quelques scènes dantesques à l'instar de cette tempête ravageant la ville, qui prend une dimension quasi biblique avec cette symbolique du déluge de la Genèse balayant la corruption et la violence des hommes dont il est également question au fil de ce roman surprenant à plus d'un titre. Tout cela s'imbrique donc autour du parcours de Nora confrontée à un passé qui va ressurgir au gré d'une enquête chaotique où sa maladresse de jeune novice livrée à elle-même sera donc contrebalancée par quelques incidents étranges qui s'inscriront dans une cohérence certaine que le romancier décline avec une redoutable habilité, ce qui fait que l'on s'inscrit dans une ambiance de légende urbaine somme toute assez réaliste ce qui constitue un paradoxe en soi assez surprenant. Tout juste regrettera-t-on que la personnalité de Nora prenne beaucoup de place au détriment de personnages secondaires comme Djabri ce flic expérimenté dont on aurait aimé qu'il soit plus présent alors que les policiers comme Conrad, Brice et Jaworski sont cantonnés dans un rôle d'adversaires légèrement stéréotypés. Il n'en demeure pas moins que Le Livre Des Prodiges se distingue furieusement dans un parfait équilibre entre le polar et le fantastique prenant parfois quelques tonalités poétiques virant au sublime à l'image de cette scène finale qui vous laisse sans voix. A noter que vous pourrez rencontrer Olivier Ciechelski à l'occasion du festival des Quais du Polar qui se tiendra à Lyon du 3 au 5 avril 2026.

     

    Olivier Ciechelski : Le Livre Des Prodiges. Editions Rouergue/Noir 2025.

    A lire en écoutant : Jubilee Street de Nick Cave. Album : Push The Sky Away. 2013 Bad Seed Ltd.

  • Dominic Nolan : White City. Béhémoth.

    Capture d’écran 2026-03-24 à 13.37.40.pngAprès quarante ans d'existence et plus d'un millier de titres intégrant cette collection iconique, chacun pourra se faire un résumé de son parcours au sein de Rivages Noir célébrant donc son quarantième anniversaire. Dans cet abrégé d'une suite logique s'étendant sur quatre décennies, je mentionnerais James Ellroy, David Peace et Dominic Nolan incarnant la relève générationnelle de cette audace caractérisant la ligne éditoriale de François Guérif, éditeur fondateur tout aussi légendaire que les auteurs qu'il a publié avant de céder la place à Jeanne Guyon et Valentin Baillehache poursuivant cette aventure dont on souhaite qu'elle perdure dans le temps. Avec James Ellroy, on découvrait une autre facette de la rutilante ville de Los Angeles tandis qu'avec David Peace on s'aventurait sur les terres méconnues du Yorkshire et de Tokyo, au gré d'intrigues tout aussi prenantes que tortueuses, à l'image des rues de cette ville de Londres dont Dominic Nolan s'est emparé avec Vine Street (Rivages/Noir 2024), premier roman exceptionnel, prenant pour cadre les bas-fonds de cette cité, et plus particulièrement le quartier de Soho, durant la période du Blitz en suivant le parcours d'un inspecteur des Moeurs s'associant à un enquêteur de la Brigade Volante afin de traquer, sur plusieurs décennies, un tueur insaisissable. Mais avec White City, on prend encore davantage d'envergure autour de ce braquage du 21 mai 1952 où sept individus interceptent un fourgon postal contenant près de 250'000 livres sterling ce qui constitue l'un des plus gros butins de l'histoire britannique qui ne fut jamais retrouvé. C'est également l'occasion d'arpenter ce quartier méconnu de l'ouest de Londres dont le nom fait référence au stuc blanc qui recouvrait les bâtiments érigés à l'occasion de l'exposition franco-britannique de 1908 mais qui, après la seconde guerre mondiale, n'était plus constitué que de taudis abritant une importante communauté jamaïcaine dont on explore durant six années les aléas sociaux qui vont nous conduire jusqu'aux aux émeutes raciales de Notting Hills de 1958 où l'on scandait des slogans racistes comme "Keep Britain White".

     

    IMG_3757.jpegEn 1952, il n'y a plus beaucoup de bâtiments qui tiennent encore debout dans les quartiers ouest de Londres dont les ruines de la seconde guerre mondiale ne laissent place qu'à des terrains vagues et des immeubles branlants qui menacent de s'effondrer. Sous la coupe de caïds qui ont pris possession de la cité, c'est le braquage d'un fourgon postal qui défraye la chronique puisque les truands se sont emparés d'un magot exceptionnel suscitant l'attention de tous les journaux. Mais pour Addie Rowe, il importe davantage de savoir ce qu'il est advenu de son père dont elle est sans nouvelle depuis, et qui doit donc s'occuper de sa petite soeur ainsi que de sa mère rongée par la boisson et qui comate dans leur appartement délabré. Il en va de même pour Claire Martin se souciant du devenir de son fils Ray, depuis que son mari a mystérieusement disparu. Il faut dire que le jeune homme côtoie Teddy "Mother" Nunn, un gangster sociopathe sans pitié, à la solde de Billy Hill, grand ponte du crime organisé, qui peut également s'appuyer sur Dave Lander, un homme de main aux comportement aussi énigmatique qu'inquiétant. 

     

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    Dominic Nolan : White City (White City). Editions Rivages/Noir 2025. Traduit de l'anglais (Grande Bretagne) par David Fauquemberg.

    A lire en écoutant : To The Etablishment de Lou Bond. Album : Lou Bond. 2014 Light In The Attic. 

  • JEAN GIONO : UN ROI SANS DIVERTISSEMENT. LES ETENDUES DESERTES ET GLACEES.

    Capture d’écran 2025-11-30 à 14.06.08.pngUn roi sans divertissement est un homme plein de misère.                                                                                                              Pascal

     

    On examinera probablement à plusieurs reprises la date du copyright de ce roman tant il apparaît d'une impressionnante modernité avec cette sensation d'être paru tout récemment alors qu'il a été publié en 1948, après deux ans de mise à l'index par le comité national des écrivains sanctionnant son attitude jugée controversée durant l'Occupation. Un Roi Sans Divertissement fait figure de premier ouvrage de ce que Jean Giono appellera ses Chroniques comprenant notamment Noé (La Table ronde 1947), Les Ames Fortes (Gallimard 1949), Les Grands Chemins (Gallimard 1951) et Le Moulin de Pologne (Gallimard 1952) et qui s'inscrivent dans une vaste démarche de romans expérimentaux où la créativité de la langue et de la narration atteignent des sommets tout en étant destinés initialement au lectorat américain afin de contourner la censure dont il fait l'objet en France. Une période plutôt sombre qui rejaillit immanquablement dans Un Roi Sans Divertissement prenant l'allure, osons le jean giono,un roi sans divertissement,éditions gallimard,éditions folio,édition de la pléiade,chronique littéraire,avis de lecture,blog littéraire,roman noir,classique littéraire,mon roman noir et bien serré,littérature françaisedire, d'un véritable roman noir, genre pour lequel Giono affichait un attachement assidu, plus particulièrement pour la collection Série Noire et qui affirmait dans une lettre adressée à Marcel Duhamel que "c'est le refuge du vrai roman". On notera également le recueil de textes du romancier au sujet de la littérature De Monluc A La Série Noire (Les cahiers de la nrf 1998) manifestant, encore une fois, un intérêt évident pour la littérature policière figurant à l'époque comme le nouvel avatar de l'art de la narration occidentale. Mais pour en revenir à Un Roi Sans Divertissement, on dit que son auteur l'aurait été rédigé avec une rapidité vertigineuse en parlant d'une période d'un mois, voire même 27 jours, selon certains rapporteurs, pour ce qui apparaît comme l'un des grands classiques de la littérature qui n'a rien de poussiéreux tant son audace continue à subjuguer les lecteurs s'aventurant dans cette émulsion de créativité nécessitant sans aucun doute, plusieurs lectures afin de saisir toute l'incandescence d'un récit qui confine au sublime tout simplement. 

     

    jean giono,un roi sans divertissement,éditions gallimard,éditions folio,édition de la pléiade,chronique littéraire,avis de lecture,blog littéraire,roman noir,classique littéraire,mon roman noir et bien serré,littérature françaiseEn 1843, dans le Trièves, région reculée du Vercors, il y a ce petit village non loin de Chichilianne où l'on signale la disparition de Marie Chazottes puis l'agression de Ravanel Georges qui échappe de peu à ce qui apparaît comme une tentative d'enlèvement. Et puis c'est dans le courant de l'hiver l'année 1844 que l'on s'aperçoit d'une nouvelle disparition, celle de Bergues, un braconnier célibataire qui arpente la région parfois durant quelques jours mais dont on est désormais sans nouvelle depuis plusieurs semaines en constatant, en se rendant à son domicile, qu'il n'a pas même pas pris le temps de finir son repas resté figé dans l'assiette. Définitivement terrorisée, la communauté se décide à quérir la gendarmerie royale de Clelles qui dépêche une petite compagnie de six gendarmes conduits par le capitaine Langlois. S'ensuit la traque d'un individu dont on ne saisit pas les motivations puisqu'il ne détrousse pas ses victimes qu'il emporte avec lui, chose peu commune ce d'autant plus qu'il s'en prend tant aux femmes qu'aux hommes du village. Mais malgré les patrouilles et toutes les précautions prises, c'est Callas Delphin-Jules dont on est sans nouvelle avant que tout ne s'apaise au début du printemps sans que l'on ait pu identifier l’agresseur. Ainsi, les gendarmes dépités quittent les lieux sans avoir pu l'appréhender. Néanmoins, au début de l'hiver 1845, le capitaine Langlois revient seul au village et s'installe au Café de la route, bien décidé à démasquer celui qu'il ne considère pas comme un monstre et dont il semble connaître certains aspects de sa personnalité.

     

    Décortiqué à maintes reprises à l'occasion de thèses ou d'essais, bien difficile d'être en mesure de saisir toute la richesse enfouie dans Un Roi Sans Divertissement qui se distingue dans la luxuriance de cette langue que Jean Giono manie avec une virtuosité que ce soit dans l'art de la narration bien sûr, mais également dans l'art de l'ellipse, des non-dits et bien évidemment dans ces somptueuses descriptions qui vous étourdissent à l'instar de cet hêtre aux connotations quasi fantastiques qui devient l'une des pièces centrales de l'intrigue. 

    "Et à l'automne, avec ses longs poils cramoisis, ses mille bras entrelacés de serpents verts, ses cent mille mains de feuillage d'or jouant avec des pompons à plume, des lanières d'oiseaux, des poussières de cristal, il n'était pas vraiment un arbre. Les forêts, assises sur les gradins des montagnes, finissaient par le regarder en silence."

    Débutant avec ces successions de disparitions et d'agressions étranges, l’intrigue prend des tonalités extrêmement sombre qui se déclinent dans l’âpreté de cette atmosphère hivernale du Trièves que jean Giono connaît bien puisqu'il y séjournait régulièrement. On est immédiatement saisi par la langue du narrateur qui s'inscrit dans le registre d'une transmission orale dans laquelle s'enchâsse les différents témoignages des protagonistes de l'intrigue s'inscrivant dans différentes temporalités que ce soit en 1946 avec ce narrateur dont on ne sait rien et qui pourrait être Giono lui-même, en 1916 avec ce groupe de vieillards transmettant les histoires racontées par leurs aïeux et en 1868 avec Saucisse, cette tenancière de l'auberge du village qui témoigne vingt ans après les événements qui ont marqué la localité dont on ignore le nom. C'est donc déjà là que l'on décèle toute la complexité de la narration talentueuse de Jean Giono qui parvient à mettre en scène avec une aisance déconcertante toutes ces strates de l'histoire de Langlois et de ce tueur sévissant dans la région ainsi que la diversité et l'inventivité du langage en fonction de la personne qui intervient dans le cours de ce roman captivant qui vous ensorcelle littéralement. Si dans une première partie, il est question de tension que ce soit autour de la traque de ce mystérieux tueur et de la chasse dantesque de ce loup solitaire, la seconde partie s'attache au devenir de Langlois et du spleen qui l'assaille et dont le romancier parvient à saisir toute la quintessence du mal qui le ronge à l'exemple de ce rare moment où l'on semble percevoir son point de vue à l'occasion d'une fête estivale où il est présent en apparence alors qu'il vit "dans les étendues désertes et glacées" et qui devient le point de bascule d'un récit aux connotations quasi métaphysiques, dont on peut même se demander s'il ne s'agit pas d'un rêve ou plutôt d'un cauchemar au regard notamment de cet anachronisme final de la dynamite qui n’existait pas à l’époque du déroulement des faits et dont on en saurait dire s’il est accidentel ou intentionnel. Emerge donc dans Un Roi Sans Divertissement, cette fascination de la violence et du mal qui deviennent les seules ressources d'un homme sombrant dans l'ennui et que Jean Giono dépeint avec une perfection sans commune mesure, accompagnés que nous sommes par toute une galerie de personnages attachants aux profils extraordinaires, devenant les témoins de la chute tragique de Langlois. Un chef-d'œuvre qui vous foudroie littéralement.

     


    Jean Giono : Un Roi Sans Divertissement. Editions Folio 2024.

    Jean Giono : Oeuvres Romanesques complètes. Volume III. Bibliothèque de la Pléiade 1974.

    A lire en écoutant : Symphonie N° 7 en La majeur, Allegretto de Beethoven. Album : Chicago Symphony Orchestra - Carlo Maria Giulini. 1987 EMI Records Ltd.